Coaching: nature et origine de la demande

par Gilles Le Boutillier

Une cliente, que nous appellerons A, se présente à votre bureau. Sa demande est à l’effet de se faire aider afin de cesser de fumer. Elle dit qu’elle a eu beau essayer, elle n’y arrive pas toute seule. Elle pense que la formule du coaching pourrait bien l’aider dans sa démarche.

Très rapidement, vous vous rendez compte qu’A fait preuve d’une identité peu affirmée, d’une faible estime d’elle-même et de symptômes évidents d’anxiété. Par ailleurs, son mari et ses deux adolescents ne cessent de lui reprocher son tabagisme. Ils exigent qu’elle fume uniquement à l’extérieur de la maison et souhaitent ardemment qu’elle délaisse le tabagisme.

Par ailleurs, A. vous a fait part d’une croyance qu’elle a adoptée dès l’âge de sept ans. Alors qu’elle regardait avec admiration une jeune femme inconnue qui arborait une cigarette à la main, elle s’est dite, toute béate d’admiration : Qu’elle est belle ! Elle est frappée par l’assurance (apparente) de cette dame et cherchera à tout prix à l’imiter. En fait, A commencera à fumer dès le début de l’adolescence. Métaphores, ré-empreinte, et tutti quanti sont au menu de vos séances. A. est d’ailleurs d’accord pour aller au fond des choses.

Or, voilà que votre cliente prend de temps à autre des pauses après quelques rencontres. Elle remet la suite à la prochaine saison, donne comme prétextes la surcharge de travail, les vacances à venir, etc. Or, après deux séries de consultations espacées dans le temps, il ne semble pas y avoir de progrès notables au niveau de son tabagisme. Que se passe-t-il ? Vous commencez à douter de votre compétence comme coach et de la pertinence des outils que vous avez utilisés.

Pour comprendre la teneur réelle d’une telle problématique, il suffit parfois de revenir à la demande initiale de la personne. Par conséquent, à la troisième série de séances, lorsque A. se présente à nouveau pour continuer le travail en cours, vous avez la perspicacité de lui poser une question confrontante : Dans votre milieu familial, qui a vraiment intérêt à ce que vous cessiez de fumer? Réponse : Mon mari et mes enfants. Puis, vous l’invitez à établir en pourcentage l’origine de la demande. À votre surprise, elle répond que la demande à l’effet de mettre un terme à la cigarette provient à environ 40 % de son propre chef et à 60 % de son mari et de ses enfants. Voilà que vous découvrez avec stupeur les effets importants de la pression exercée par l’entourage de l’individu qui décide de consulter. Et vous demandez alors à A. : Une motivation à 40 % est-elle suffisante pour changer ? Éberluée, elle ne sait que répondre.

Par ailleurs, vous vous rappelez que lors d’une séance passée d’hypnose humaniste (thérapie symbolique), le père de A lui était apparu en imagination. Que fait-il là, lui ?, s’exclame-t-elle. Puis, après la séance, elle vous partage que son père a cherché à contrôler sa vie lorsqu’elle était adolescente. Par conséquent, elle se rebellait et refusait de suivre ses directives, n’en faisant qu’à sa tête. Elle se rebellait ?... Serait-elle de nouveau engagée dans un tel bras-de-fer, cette fois contre son mari et ses enfants qui cherchent à décider pour elle de cesser de fumer ? En passant, A. est inhalothérapeute. Paradoxe : elle aide les gens à mieux respirer alors qu’elle-même est engagée dans la voie contraire en fumant. Un esprit rebelle, pensez-vous ?... De toute évidence, sous une demande officielle, un autre programme, inconscient cette fois, est possiblement à l’œuvre ici.

Bien sûr, A. confie avec une grande sincérité qu’elle désire abandonner la cigarette, qu’elle est vraiment prête à adopter un mode de vie sain, qu’elle ne peut pas continuer comme cela au risque de nuire à sa santé. Vous lui posez alors les questions suivantes, davantage axées sur le processus que sur le résultat : Alors, comment se fait-il qu’il vous faille autant de temps pour commencer à arrêter de fumer ? Et comment se fait-il que ce comportement ne semble pas vouloir se mettre en place dans votre vie ? A. paraît très étonnée. Vous lui demandez alors : Se pourrait-il, par hasard, qu’à votre insu, une ancienne partie rebelle en vous, qui ne voulait pas se faire contrôler par son père, se manifeste encore aujourd’hui, en refusant de se soumettre aux volontés de son mari et de ses enfants ? Et, par conséquent, cette partie n’en ferait qu’à sa tête en guise de protestation ? Cette histoire que je vous raconte vous semble-t-elle plausible ? A. éclate subitement en sanglots.

Maintenant que l’origine et la nature véritables de la demande initiale ont été dévoilées, le coaching peut véritablement commencer…

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