L'expérience atypique d'un Coach – passeur d'âmes

par Jean-Yves Frénot

Le but de cet article n’est pas de théoriser ni d’apporter des éléments techniques nouveaux dans la pratique du coaching. Il se veut un témoignage, un partage d’expérience, faire découvrir un contexte atypique de mon exercice de coach. Mon objectif est de rester sur une description large sans trop rentrer dans les détails. J’ai conscience que certains aspects méritent d’être approfondis et développés. C’est une suite possible à ce travail. Pour ce faire, n’hésitez pas à m’adresser vos impressions, questions, remarques, feed back par mail : jyfrenot@hotmail.com. Puissiez-vous ressentir autant de plaisir à la lecture que j’en ai eu à l’écriture.

Cordialement. Jean-Yves Frénot.

1. Introduction.

Les conséquences de la mé communication pour la personne soignée et/ou son entourage majorent l’inconfort physique et psychologique lié au vécu de la maladie : complications, incompréhension, stress, altération de la relation de confiance dans le système de santé, incapacité d’adaptation au changement, dépendance à l’offre de soins, développement de non réponse en santé….

La charge en soins augmente dès que le soignant manque d’attention à la dimension préventive de l’interaction relationnelle. L’exemple du traitement de la douleur illustre parfaitement ce principe. Prendre un antalgique dès l’apparition de prodromes permet un soulagement rapide avec une dose minime. Une douleur installée nécessite un traitement plus important et le soulagement satisfaisant se fera désirer plus longtemps. L’inconfort psychologique résultant, abaisse le seuil de tolérance à la douleur et, peut alors nécessiter une nouvelle prise pour obtenir un même apaisement.

Le public français se représente mentalement l’infirmier de façon restrictive : voué au corps médical, seringue en main, pratiquant essentiellement injections et prises de sang. Educateur en santé, les soins relationnels constituent cependant plus de la moitié de son activité.

Peu savent qu’il lui est reconnu, entre autres, les compétences d’effectuer « aide et soutien psychologique[1] » ainsi que des « entretiens individuels et utilisation au sein d’une équipe pluridisciplinaire de techniques de médiation à visée thérapeutique ou psychothérapeutique[2] ».

2. D’Infirmier à Coach une harmonieuse synergie.

Je découvre la Programmation Neuro Linguistique lors d’un Clinicat de trois années auprès de Docteurs en Soins infirmiers québécois. L’adéquation et la synergie avec les modèles conceptuels professionnels sont remarquables.
La formation de coach optimise les compétences soignantes dans les dimensions du prendre soin et celle des interventions thérapeutiques relationnelles. L’exercice professionnel infirmier s’appuie déjà sur l’utilisation de la démarche de résolution de problème. Elle se nomme en science clinique infirmière : démarche de soins. Elle s’enrichit du modèle SCORE, de l’écologie de l’objectif, d’outils de changement performants et rapides, de la notion de contrat de soins. Autant d’éléments qui déterminent l’excellence et l’efficacité du coaching lorsqu’ils sont formalisés. J’affirme que l’infirmier est un coach en santé, qu’il lui appartient d’acquérir la méthodologie du changement pour le réaliser pleinement. (cf. tableau suivant).



3. La place des compétences d’un coach dans la phase palliative.

J’exerce à ce jour en Equipe Mobile de Soins Palliatifs[3] comme Infirmier Clinicien avec mon identité et mes compétences de coach.

L’équipe mobile intervient au domicile, dans des structures sanitaires, médico-sociales à la demande des malades, de leurs proches et des professionnels qui les accompagnent. Elle a pour missions : la prise en charge globale du patient et de son entourage ; celle de la douleur, des autres symptômes ; le retour et le maintien à domicile ; l’accompagnement psychologique et psychosocial ; l’aide, le soutien, les conseils aux soignants prenant en charge des patients en fin de vie ; l’accompagnement de la réflexion éthique ; la diffusion de la culture palliative.

Les réponses que nous apportons peuvent revêtir différentes formes :
  • L’éducation à la santé,
  • L’accompagnement,
  • La formation.
3.1. L’expertise et le conseil

La grande majorité des sollicitations touchent l’expertise et le conseil. L’inefficacité d’un traitement anti douleur est la plus fréquente. Les professionnels de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de vie…) sont motivés par l’attente d’une proposition thérapeutique médicamenteuse de notre part.

Changer le médicament, en augmenter les doses seraient si simple. Mais tout symptôme, est à considérer dans le système qui le génère : le lieu, la famille, l’équipe de soins… N’y voir qu’une étiologie biologique ou pathologique reviendrait à ignorer les dimensions psychologique, socioculturelle et familiale, environnementale et spirituelle. « A cancer égal, douleur égale » n’est jamais vrai ! Selon la définition de l'International Association for the Study of Pain (IASP), la douleur est : "Une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable liée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles ou décrites comme telles. Puisqu’il est question d’émotions, cette définition permet lors de l’évaluation de la douleur d’utiliser la grille des « caractéristiques d’un état interne » et d’agir en complément ou même en première intention avec des interventions modifiant les états internes.

Evaluer la douleur, informer et proposer une thérapeutique s’adapte au « niveau logique » où s’exprime la problématique : l’environnement : Lieu ? Contexte d’apparition de la douleur ? Facteur déclenchant ? A quel moment ? Avec qui ?… Comportements : La personne prend-t-elle son traitement ? La bonne dose ?... Capacités : identifie-t-elle le bon moment ? Son niveau de compréhension ? Beaucoup de Croyances sont un frein à la compliance au traitement pour la personne soignée et les acteurs de la prise en charge (proches et soignants). Les plus courantes sont : « Si l’on donne de la morphine c’est que la fin est proche ! » ; « La morphine crée une dépression respiratoire ! » ; « La morphine génère une assuétude ! » ; « Si je prescris de la morphine je risque de tuer mon malade ! » (Liste non exhaustive)… Etats internes : doute, peur, confiance, sentiment d’impuissance… L’identité : « l’image du drogué ! ». La spiritualité et l’appartenance en tant que malade algique sous calmants ? Perte d’espoir et de sens !

Une analyse clinique et systémique des interactions relationnelles entre tous les acteurs de la « prise en charge » est nécessaire. Fréquemment, c’est le projet thérapeutique qui est en échec et non la molécule inefficace. Traiter la douleur est une science de la singularité.

3.2. L’analyse des pratiques professionnelles

Elle représente une part importante de l’activité. Elle s’inscrit dans le domaine du développement continu de la qualité des soins proposés.

En individuel, nous parlons de « compagnonnage », terme qui effraie moins que supervision clinique. Après un recueil d’informations sur la problématique rencontrée par le soignant, le soin peut être réalisé ensemble au chevet de la personne soignée. « Identifier et Hiérarchiser les valeurs » redonne du sens au soin et permet d’abaisser un niveau d’exigence parfois trop élevé. Le « générateur de comportement nouveau », associé aux « positions de perception », permet au professionnel d’expérimenter l’empathie, ce que peut ressentir le malade lorsqu’il ne peut plus le verbaliser et ainsi adapter sa gestuelle à la situation clinique en respectant au maximum possible le critère « confort ». Suite à ce travail, deux soignants m’ont sollicité pour un coaching estimant que la limite rencontrée était plus en lien avec leur histoire personnelle.

En animant des groupes d’analyse des pratiques professionnelles, le coach fait naître la motivation au sein des équipes de soins autour de valeurs communes. Elles définissent le projet de soins centré sur le « projet de vie » de la personne soignée. Le soutien du cadre de santé de proximité qui dans ses missions se charge de cohésion et motivation d’équipe est tout aussi important.

3.3. La dimension d’accompagnement du malade et des proches :

Malheureusement, l’équipe mobile est fréquemment sollicitée tardivement dans l’évolution de la maladie. C’est un frein au travail thérapeutique d’introspection à long terme comme le propose d’autres modèles. Le coaching PNL, par des interventions brèves, trouve pleinement sa place dans ce moment qualifié de « fin de vie » où le temps est compté.

Lorsque c’est possible, l’intervention centrée sur un objectif défini contractuellement par des critères précis redonne à la personne soignée un impact sur sa situation. Elle mesure en temps réel les progrès réalisés qui lui font recontacter sa capacité de décider pour elle-même. Elle se reconnecte à une identité de vivant et non de mourant, étiquette infligée inconsciemment par la médecine moderne qui se réfère à des courbes statistiques de décès en termes de mois, de semaines et même, de jour(s) et appelées « pronostics ».

Lorsque le corps est trop fatigué alors les « ancrages » visuels, auditifs, kinesthésiques apportent un état interne ressource. « L’hypnose ericksonnienne », quant à elle, génère un soulagement de la douleur et du stress, un contact avec des ressources symboliques enfouies dans l’inconscient et la visualisation mentale de ce que le physique n’assume plus.

Auprès des proches les outils du coaching sont autant de ressources précieuses dont le résultat est rapidement mesurable. Naturellement sous stress, la « Process Com® » permet d’identifier rapidement la phase de personnalité dans laquelle se trouvent le malade et son entourage. Favoriser dans un premier temps la satisfaction des besoins psychologiques instaure rapidement une relation de confiance.

Les proches demandent fréquemment au médecin un pronostic lorsque la maladie est en échappement thérapeutique. L’effet pervers d’une telle annonce modifie l’interaction relationnelle. Une altération de la dynamique familiale s’installe car de vivant, la personne malade prend l’étiquette de mourant.

Monsieur A est un homme de 90 ans, patriarche pour ses proches. Durant sa maladie, chacun des membres de la famille continue de lui confier ses problèmes et demander conseil jusqu’au jour du pronostic posé. Chacun veut alors l’épargner de ses tracas quotidiens. Il manifeste instantanément une souffrance morale intense qui majore la douleur.

La systémie et l’analyse effectuée des interactions relationnelles avec son épouse et l’une de ses filles favorisent la prise de conscience d’un lien entre les symptômes et la modification des comportements. La famille s’implique pour que cet homme retrouve la « maîtrise de son rôle ».

Force est de constater que les symptômes disparurent. Favoriser le maintien du « plein contact » entre les proches et la personne malade, au sens gestaltiste du terme, permet d’être préventif sur les complications potentielles liées au deuil.

Dans le domaine des soins palliatifs, je constate une explosion du nombre de consultations dites de « suivi de deuil ». Le risque est de développer un à priori chez l’accompagnant qui ne laisse plus la place à l’émergence d’une autre problématique potentielle pour l’accompagné. Ce n’est aucunement le deuil qui doit être accompagné mais une personne en recherche d’un meilleur niveau de santé.

Mme B. est très engagée auprès de son beau-père malade qui vient de décéder. Nous avons observé la situation sous différents angles au cours d’un travail de « spiralling ». L’objectif qui fit jour était de vouloir sauver son couple mis à mal par ses absences répétées. Elle associe ses présences prolongées au chevet de son proche à une fuite de son couple. Les deux séances qui ont suivis ont suffit pour réaliser son objectif. Elle m’a rappelé trois mois plus tard pour me témoigner sa gratitude. Tout allait bien y compris dans sa vie conjugale.

3.4. La formation

Passée la phase d’ingénierie de la formation où il est indispensable de bâtir un enseignement autour d’objectifs adaptés aux critères d’appel d’offre des institutions, l’enjeu réel se trouve au milieu du groupe. La première étape consiste à créer une relation de confiance ; recueillir les attentes, les objectifs ; permettre également l’expression du mal être face à certaines situations de prise en charge pouvant être traumatisantes ; reconnaître authentiquement que dans certaines situations de soins, l’animateur en tant que soignant se trouve également dans le doute, l’incertitude, mener par ses propres mécanismes de défense. Ce dernier point renforce un sentiment de proximité entre le formateur et les stagiaires aux antipodes d’une position professorale.

La personne du soignant doit être au centre des préoccupations du formateur ainsi que, l’animation de groupe, le partage d’expérience pratique, la mise en valeur de toutes les compétences personnelles et professionnelles présentes comme autant de ressources. L’apport de connaissances se distille au compte gouttes, au fur et à mesure de l’évolution des stagiaires. Il apporte un cadre sécurisant auquel il est possible de se référer et doit d’être rapidement opérationnel dans la pratique et la réflexion sur le soin tout en respectant l’écologie du stagiaire en vue de son retour dans le service.

Il m’est arrivé une fois d’utiliser la technique du « traitement des traumatismes ou double dissociation » pour un vécu paroxystique lié à une situation de prise en charge particulièrement traumatisante. La stagiaire était bloquée dans ses apprentissages.

L’évaluation de fin de cycle montre finalement que le programme est toujours respecté mais à partir d’un contenu flexible et adapté aux préoccupations de chacun. L’intervention s’effectue sur un mode consulting. Encore plus quand la formation touche une équipe au grand complet. Dans ce cas, je m’arrange pour rencontrer les futurs stagiaires afin de bâtir une proposition de contenu, tout de suite opérationnel, avant même le début de l’animation. Nous appelons cela une formation à la carte et c’est bien de méthodologie du changement dont il s’agit.

L’ensemble de ces exemples définissent selon moi nos missions d’éducateur en santé.

4. Les qualités d’un coach exerçant en soins palliatifs.

Je n’ai aucunement la prétention de définir ce que devrait être un coach exerçant dans le domaine des soins palliatifs. Mon expérience mobilise certaines qualités que j’ai pu identifier : réalisme, créativité, adaptation, flexibilité, vigilance et aussi lâcher prise.

Réalisme car le temps de l’accompagnement ne sera pas extensible et peut même être interrompu de façon brutale. Définir un objectif centré sur le « petit truc », aussi minime soit il, qui fera la différence avec un résultat rapide est fondamental.
Créativité et adaptation devant la fatigue physique et /ou morale. L’ancrage spatial peut être mimé, ou effectué avec de petits bouts de papiers sur un coin de matelas. Un entretien peut devenir soudainement trop long. Il faut alors faire preuve de flexibilité, proposer des pauses, arrêter, reporter, tout en respectant le chemin de l’objectif déterminé de façon contractuel. Il sera fondamental d’être vigilant pour distinguer ce qui est du domaine de la fatigue physique, du mécanisme défensif ou de la résignation, position relationnelle (-,-).

Lâcher prise : la synchronisation est parfois réduite au minimum : le patient est alité, en position antalgique, se synchroniser sur une personne dyspnéique c’est prendre le risque d’une hypoxie pour soi-même. Et puis, tant mieux si l’objectif est atteint ! Est-ce grave s’il ne l’est pas ? L’homme ne peut vivre sans espoir, sans but sous peine de perdre le sens de son existence. L’important sera le bout de chemin parcouru vers l’objectif car l’ombre de la finitude se tapit dans chaque pas effectué.

5. Intérêts pour une institution.

Nous sommes entrés dans une ère où il est question de mesurer qualitativement et quantitativement la charge en soins et l’efficience des prestations proposées au public bénéficiaire. En matière d’accompagnement au changement, que ce soit individuel ou d’équipe, un coach fixe des objectifs dont les critères permettent une évaluation et le personnel d’encadrement bénéficie d’un retour effectif et mesurable sur l’efficacité de l’intervention.

La consultation que j’anime pour les proches en phase de pré deuil ou de deuil donne également lieu à une détermination d’objectifs. Chacune des personnes reçues est informée du nombre de séances et effectue une évaluation orale et écrite des résultats obtenus. L’intérêt se manifeste à deux niveaux pour une institution :
  • la possibilité de mettre en adéquation les moyens de prise en charge avec une activité planifiée de façon projective,
  • l’élaboration annuelle d’un rapport d’activité basé sur des critères qualitatifs et quantitatifs objectifs témoignant de l’efficacité du dispositif.
6. Coaching : effet de mode ?

Dans le monde de la santé, je rencontre nombre de personnes qui balaient les possibles du coaching par l’argument que ce serait un effet de mode. J’acquiesce toujours car je trouve cela flatteur tant les parallèles sont nombreux avec la PNL : nous utilisons des outils, nos interventions sont sur mesure, nous parlons de l’élégance des stratégies mentales, nous sommes créatifs, nous innovons, nous sommes dans la tendance actuelle où les personnes qui nous sollicitent veulent voir des résultats rapides… Pour éviter de tomber en désuétude, le coach fera preuve de charisme et d’un style. Comme le disait Coco Chanel : » Si la mode se démode, le style ne se démode jamais »…

7. Conclusion

J’ai créé en 2010 mon auto entreprise de coaching suite à l’accompagnement de Mme R. hospitalisée au crépuscule de son existence. Nous avons travaillé sur son projet de vie qui était de retourner chez elle pour profiter, dans un univers familier, du chemin de vie qu’il lui restait à parcourir. Enthousiaste malgré sa fatigue et sa perte d’autonomie, elle a franchi chaque étape du chemin de son objectif. Elle m’a dit, lors de l’évaluation de fin de coaching réalisée, quelques instants avant que les ambulanciers ne la raccompagne chez elle : « Et surtout, promettez-moi que ce que vous venez de faire pour moi qui m’en vais… vous en ferez bénéficier ceux qui restent ! »

J’ai ainsi développé une homéodynamique respectueuse de mes deux identités : tantôt infirmier clinicien en équipe mobile enrichi de celle du coach et, tantôt dans le cadre de mon entreprise, Coach en développement personnel et professionnel enrichie de celle de l’éducateur en santé que je suis.

Je désire dédier à cette patiente, qui m’a fait l’honneur de me choisir pour accompagnant, ma propre définition de ce que je considère être les soins palliatifs : « Les soins palliatifs consistent à mettre la personne et son entourage dans les meilleures dispositions possibles pour guérir ce qu’il reste à guérir quand certains pensent qu’il n’y a plus rien à faire ni à guérir ».


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