Aux sources de la PNL : Milton Erickson


Jay Haley a été pendant 17 ans un élève et disciple de Milton Erickson. Dans son livre, Un thérapeute hors du commun, il  donne largement la parole à son maître. Le livre parle des grandes étapes de nos vies et fait ressortir l'approche tout à la fois souple, créative et rigoureuse, parfois surprenante voire imprévisible dont Erickson dénoue les situations, "toujours prêt à s'engager très fortement pour aider le patient". Certains ont même avancé "qu'il payait de sa personne".

Revenir sur la vie, surtout la jeunesse, de Milton Erickson permet de réaliser qu'il a effectivement payé de sa personne très jeune. Avant d'être un thérapeute hors du commun, Erickson a été un être hors du commun et un modèle de résilience. Son histoire nous fait réfléchir sur la construction de la personnalité d'un coach.

D'une famille d'origine scandinave par son père, Milton Erickson naît en décembre 1901 dans le Nevada (communauté d'Aurum, connue pour ses mines d'argent), dans une cabane dont "trois côtés étaient en rondins, le quatrième étant la montagne". ...Sa mère a du sang indien et adore la nature.

Quand Milton et sa soeur aînée doivent entrer à l'école, leurs parents reprennent une ferme dans le Wisconsin. C'est à l'école qu'on découvre les premières difficultés d'Erickson: daltonisme, amusie (il perçoit très mal les rythmes musicaux) et surtout, dyslexie. Inconsciemment sans doute, les déficiences tournent à son avantage. Il passe des heures dans le dictionnaire pour chercher des mots dont il ne reconnaît pas l'orthographe.

Il utilisera souvent en thérapie ses souvenirs d'apprentissages difficiles. "Gouverment" c'est ainsi qu'Érickson prononçait le mot gouvernement; par contre, il prononçait bien le nom d'un camarade de classe, La Verne. Son instituteur lui demande alors de lire "gou-laverne-ment", puis de supprimer la syllabe "la". C'est de ce souvenir que Erickson tire cette méthode de faire surgir l'inattendu et le hors de propos dans un cadre fixe et rigide pour le faire éclater.

Ses malheurs ne s'arrêtent pas à l'école primaire, Erickson adolescent devra lutter contre la paralysie! À dix-sept ans, il est atteint de poliomyélite. Il relate avoir entendu que les médecins annonçaient son décès pour le lendemain matin. Il demande à faire installer son lit pour voir le coucher et le lever du soleil... et y assiste effectivement. Épuisé, il sombre dans le coma trois jours, totalement paralysé, mais gardant les mobiles et une audition... hors du commun. Sa réhabilitation est surprenante et, selon lui, sans aucun doute liée à la volonté et à l'entraînement. Pendant des mois, il recherche "le souvenir des sensations dans ses doigts lorsqu'ils pouvaient bouger jusqu'à faire apparaître des mouvements incoordonnés, puis de plus en plus volontaires". Il découvre dans son corps, les phénomènes idéomoteurs (Bernheim). Il apprend aussi à contrôler la douleur (en pensant à la marche, la course, la relaxation). Il observe aussi attentivement comment sa jeune soeur apprend à marcher.

De tout cela, il tire des croyances aidantes pour son exercice de thérapeute:
  • Les ressources existent en chacun de nous et peuvent aussi être activées par l'idée seule ou la visualisation. Ceci inspirera le traitement hypnotique de la douleur ou la technique du "signaling".
  • Un changement même infime peut suffire pour passer du noir désespoir à l'espoir pourpre (couleur favorite de Milton Erickson).
  • La modélisation (c'est par l'observation de sa soeur qu'Erickson réapprend à marcher).
À vingt-et-un ans, il entame des études de médecine et se déplace avec des béquilles. En fin d'année, il se fixe un objectif ambitieux: augmenter sa force physique. Il part, en canoë et sans argent. Au bout de 10 semaines, il aura parcouru 1900 km, 8 dollars en poche, et marche sans béquilles! Il restera avec une boiterie légère et devra ré-affronter une seconde attaque de polio bien des années plus tard.

En 1923, Erickson se marie. Rappelons qu'il vient d'une famille de 7 enfants. Après 3 enfants et 10 ans de vie commune, le couple divorce et il a la garde des enfants. Cet échec conjugal est une grande interrogation pour lui. Il se sent démuni, vit avec un sentiment de manque et de faible capacité en relations humaines, qu'il attribue à son enfance vécue dans un relatif isolement physique, social et culturel. Pour lui, il est alors évident qu'il faut apprendre toute la vie. Cet échec conjugal l'orientera aussi vers la thérapie familiale.

Pour en savoir plus:

Jay Haley, Un thérapeute hors du commun, Desclée de Brouwer, 2007.

Healing in Hypnosis, paru en 1982, Irvington, New York. (Avec des entretiens entre Erickson et Ernest Rossi datant des années 70).



Par Philippe Collas
Vice-président
SICPNL




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